Don et contre don

Comment favoriser la coopération, l'engagement et la mobilisation ? 

Exemple : on me confie souvent en entreprise perdre beaucoup de temps à chercher des informations, quand on ne se plaint pas explicitement de pratiques de rétention d'informations. 
Et oui : disposer d'informations, c'est potentiellement avoir un certain pouvoir sur les autres. 

Donc, quand on me demande comment faire face à ces difficultés, j'explique que la meilleure manière d'obtenir des renseignements est de commencer par en donner !


L'idée est simple : vous commencez par donner. Et à ce moment, vous soulignez le plaisir que vous avez eu lors de cet échange. 

Donner, au sens où l'entend MAUSS commence par offrir des "petits moment de convivialité" Ce moment où l'on montre à l'Autre le plaisir que l'on a eu à donner est important.

Bien loin de considérer exclusivement que l'on donne pour recevoir , la théorie de MAUSS va plus loin :

Elle retient que toute relation d’échange est à l’origine de la création d’un lien social singulier et durable entre les protagonistes. Ce lien est ce qui lie l’acte de don au contre-don et sa pérennité autant que sa protection constitue un moteur d’action et d’engagement quotidien. 

Cette relation est à considérer dans le temps : le contre don n'intervenant pas immédiatement. 



Illustration par Norbert Alter :
Ce principe un peu abstrait peut être compris avec l'exemple suivant. Quand nous poussons la lourde porte en métal et en verre d'une station de métro, les conventions sociales nous obligent à la tenir pour toute personne qui se trouve derrière nous, sur environ deux mètres. Si on tient la porte à quelqu'un qui se trouve à sept ou huit mètres, il se passe diverses choses. La personne va se sentir contrainte et elle va gesticuler (agiter les bras mais pas accélérer vraiment sa vitesse de déplacement). Puis, arrivée à notre niveau, elle va nous regarder dans les yeux et nous dire "merci". Cette attitude provoque en nous une émotion positive, un plaisir. Car nous avons créé un lien, l'autre devient brièvement un prolongement de nous-mêmes.

Et en entreprise ? 

Norbert Alter (Théorie du don et sociologie du monde du travail) commence son ouvrage ainsi :

"Mobiliser la théorie du don pour analyser la nature des rapports sociaux caractérisant le monde du travail a bien évidemment quelque chose de paradoxal : tous les bons manuels de gestion expliquent que l’entreprise est un lieu de profit, de calcul utilitariste, de praxis de la théorie économique standard. Ce paradoxe ne vaut cependant qu’à la condition de confondre la théorie du don avec une théorie..." 
Événements, fêtes, moments d'échanges à la machine à café, grands projets, situations de crise : les occasions de "don" sont nombreuses. ... Les phénomènes  de don / contre don le sont également.. En travaillant ensemble on comprend à quoi on sert, et cela contribue au "sentiment d'exister" . Ce n'est pas quelque chose de rationnel, mais d'émotionnel, et cela représente une véritable source de plaisir au travail. 

Mieux, ce principe de don/contre don ne s'applique pas uniquement entre deux personnes A et B, mais suivant le principe de réciprocité élargie, il peut s'étendre à plusieurs personnes dans l’entreprise. 

A donne à B, qui donne à C, qui donne à D, et ainsi de suite ... 

Evidemment, on n'affirmera pas que tout le monde jouera loyalement à ce jeu ... Et alors ?

Quand on s'intéresse au Leadership, non pas sous sa forme quasi divine (un être né avec des pouvoirs étonnants) mais sous ses formes pratiques, on constate parmi les stratégies déployées une constante :
Les "Leaders" n'étendent pas leur réseau d'influence en sollicitant leurs interlocuteurs pour demander des services. Au contraire : ils sont en permanence en proposition, en "posture de donner".

Alors, voilà : La prochaine fois que vous pensez être victime de rétention d'information dans votre entreprise, allez voir les personnes "dans la vraie vie" (pas de mail) et donnez leur des informations potentiellement utiles pour elles. En disant le bonheur que vous avez à les partager. 

Et répétez cet acte le plus souvent possible. 

Vous aurez contribué à engager des processus de don/contre don (souvenez-vous, l'effet papillon) en mettant votre entreprise sur le chemin des organisations apprenantes (social learning).