La place du coaching dans les dispositifs de développement des compétences

La nouvelle loi sur la formation professionnelle libère une grande partie des entreprises des contributions financières au fameux "plan de formation". 

La majeure partie des grandes entreprises dépensaient plus qu'elles ne cotisaient, on peut espérer que ce signal ne se traduira pas par une baisse des efforts de développement des compétences.




Principal changement, les sommes versées aux organismes collecteurs (OPCA) puis "récupérées" au titre de la formation professionnelle seront maintenant investies à la discrétion des entreprises.

Formulé autrement : la fameuse "imputabilité" qui enfermait les dispositifs de formation dans une logique de "stage / feuille de présence", en particulier sous la pression des OPCA, laisse place à une plus grande autonomie et à une plus grande créativité.

Le coaching dans tout cela ? 

J'ai toujours étonné par "l'allergie systématique" des organismes collecteurs à cette forme d'accompagnement : la simple mention du coaching comme mode d'accompagnement étant dans la quasi totalité des cas sanctionnée par un refus d’imputabilité à la formation professionnelle continue.

Enfermement anachronique d'autant plus surprenant que parallèlement, de nombreux échanges avec des chercheurs spécialistes de la formation des adultes, docteurs en sciences de l'éducation, ... m'ont montré un grand intérêt quant à la pertinence du coaching comme modalité d'accompagnement au développement des compétences.
Alors que ces mêmes chercheurs soulignaient les limites de la "stagification" de la formation. 

Le problème avec le coaching ?

C'est un objet polymorphe : coach en "drague", coach de "top dirigeants", coach à la sauce psy ...  la profession à bien des difficultés à s'éloigner du développement personnel, ou à l’opposé du spectre, de ses rêves d'approcher les dirigeants du CAC 40. 

Par ailleurs, le coach défini souvent son activité comme "l'art de poser des questions", et nombreux sont ceux qui abusent de discours "psy" sans le moindre corpus universitaire en sciences humaines. Juste quelques semaines de stage et beaucoup de tambouille maison. 

L'art de poser des questions, cela me semble en effet indispensable. La "grande capacité d'écoute" du coach : c'est bien le minimum. 

Ce coaching peut être pratiqué avec talent et avec succès par certains, pour des problématiques spécifiques. Je ne le nie pas. 

Pourtant, cette posture "neutre" me fatigue (c'est une jolie manière d'exprimer une pensée plus abrupte). Éternels objets de discussions entre coachs "tous terrains" prêts à se confronter à toutes les situations : la posture, l'écoute, le questionnement. 

C'est un peu comme si ne rien connaître d'un sujet permettait d'aider à tout résoudre. Les frontières entre le flou-mou et l'escroquerie ne sont pas toujours très nettes.

Quant au coaching sur des problématiques "psychologiques" très marquées (et marquantes pour les clients), on m'en a parfois demandé : je le laisse très volontiers et activement à des professionnels qui ont validé 5 à 8 années d'études sur ces sujets ! Sauf exceptions, les coachs ne sont ni psychologues, ni psychiatres, ni psychanalystes. Et le "ticket d'entrée" sérieux pour la psychothérapie (fourre-tout en cours de réglementation), c'est six années d'apprentissage pour l'analyse transactionnelle par exemple.

J'ai quelques pour quelques temps laissé les "coachs professionnels" à leurs associations, accréditations, ...  pour multiplier les échanges avec le monde du tutorat, du coaching sportif (bien différent).


Pour un coaching interventionniste et spécifique.

Quand un joueur de tennis veut développer ses compétences techniques en service-volée, fera t-il appel à un entraîneur de football ? J'en doute.

Le coach sportif, connaissant bien la discipline de son client se contentera t-il d'écouter et de questionner ? Certainement pas.

Dans le monde professionnel, suis-je légitime à assurer pour mes clients un "coaching en communication / prise de parole face aux médias" ? Sur le papier : oui. Dans la réalité, je préfère tout simplement laisser cette mission à un collègue qui à consacré toute sa vie professionnelle aux médias.

Inversement, formé par exemple à l'orientation professionnelle et aux bilans de compétences, je me sens tout à fait à l'aise pour mener à bien des coachings de reconversion professionnelle. 

Une bonne question à se poser avant de débuter un coaching : quelles sont les compétences à développer (par le client) pour que l'accompagnement soit efficace.

C'est le b.a.-ba de l'ingénierie pédagogique ! Ces compétences peuvent être relationnelles, techniques ... En simplifiant : savoir, savoir-faire, savoir-être.

Dans ce cas, à l'image du coach sportif maîtrisant la gestuelle et les techniques du sport, l'accompagnement peut devenir actif.

A l'aise sur son propre terrain de jeu, le coach peut alors proposer des pistes concrètes d'expérimentation à son client, et ce de manière active. Le client teste, échange, valide ... au fur et à mesure où le coaching avance.

Pour une prise de poste d'un manager par exemple, le coach (lui-même manager confirmé) ne se contentera pas d'écouter et de questionner : il suggérera, avec l'accord de son client un certain nombre de pistes de travail.

L'acquisition des compétences se fait alors "sur le terrain", entre les séances, par le biais d'une expérimentation / confrontation à la réalité ("situation problème" et conflit cognitif) et du récit de l'expérience durant les séances de coaching (réflexivité).

«Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours»

C'est une des grandes maximes des coachs, qui "oublient" parfois qu'elle contient le verbe "apprendre". Pour l'approche que j’essaye de décrire, j'y ajouterai :

"Le coach choisi parfois le poisson et le jette à l'eau pour permettre au client de le pêcher lui-même".

Dans ce cadre, les approches "psychologiques" du coaching restent quasi invisibles et aident exclusivement le coach à identifier les croyances aidantes et limitantes du client, ses motivations, ...  pour mieux l'aider dans ses actes concrets et mesurables.

Cette approche du coaching fait hurler certains gardiens du temple qui érigent des murs entre "casquette du formateur" (la connaissent-ils vraiment ?) et "casquette du coach". 

Elle a pour avantage de concilier avec bonheur (le mien au moins, celui des clients aussi j'espère)  deux approches du développement des compétences qu'on a tord d'opposer, car à mon sens, elles se servent mutuellement.

A ce titre, la quasi fin de l'imputabilité des actions de formation sera, je l'espère, l'occasion de mettre en place plus régulièrement des approches hybrides de ce type au service d'une formation professionnelle plus efficiente et élégante.

Pour finir ... S'il vous plaît : ne dites surtout pas à ma mère que je fais du coaching ... Elle croit que je suis "ingénieur pédagogique" !