Pourquoi les MOOC's "m'emmerdent" ?

Avouons le tout de suite : le titre est racoleur, et en réalité, les Moocs, je les aime !

Pourquoi s'y intéresser ? On pourrait tout autant se contenter de dire que quand on recherche "FUN" sur Google, on tombe d'abord sur la radio ... Mais pour combien de temps encore ?



Voilà quelques mois, à la fin de l'année passée, j'ai essayé de "vendre" auprès d'un de mes confrères l'idée que les acteurs de la formation professionnelle continue allaient rapidement subir un choc violent et frontal. 



Mon interlocuteur, dirigeant d'un petit organisme de formation plutôt bien reconnu sur son secteur d'activités est un promoteur de la journée de stage "pratico pratique" en entreprise, sur catalogue et  animé par un "professionnel de la profession" qui connait la musique. En quelques mots : le modèle prédominant depuis les  années 90. Avec toutes les questions que ce modèle soulève. (1)

Je me suis (sans doute) exprimé maladroitement auprès de lui quand j'ai voulu insister sur la nécessaire professionnalisation des acteurs de la FPC, sur l’élargissement indispensable de leurs champs de compétences (et de connaissances) : il s'est senti attaqué et nous sommes depuis un peu ... fâchés !

Pourtant, si attaque il y a, elle provient plutôt du "marché" et de ses évolutions ...

Déjà, on pouvait légitimement se sentir un peu coincé, à l'étroit entre les apôtres du mobile learning et les adeptes du quick learning. Sans oublier les prophètes du E-learning en mode "Saas dans le cloud", grands démocratisateurs, chez lesquels c'est tellement "facile le E-learning" que n'importe qui peut monter une formation en quelques clics. [10 diapos, 1 quizz, 10 diapos, 1 quizz et ainsi de suite ... Sûr, ce n'est pas très difficile]. En plus, ils promettent qu'il est possible de "suivre" les apprenants. A bon : pour quoi faire ?
Des trucs à vous mettre des traditionalistes sur les nerfs, je vous jure !

Passe encore, tout ceci ! Mais là, l'attaque est massive.

Les Moocs font le buzz, à moins que le buzz ne fasse les Moocs, ou les deux.
La grande machine à déverser du contenu de formation et du savoir (-faire?) est en marche. (Un peu comme quand j'oublie de fermer le robinet de ma baignoire ... Peut-être faudra t'il prévoir un temps pour éponger et absorber ?).

Prenons par exemple le MOOC "du manager au leader" proposé par le CNAM sur F.U.N. ... Comme il n'a pas encore eu lieu, on préjugera avec bienveillance de la qualité de son contenu et de la pédagogie.

Alors donc, pourquoi les MOOC's m'emmerdent ?

Parce que le thème, management et leadership me concurrence directement sur mon cœur de métier ?

Au moins, j’aurais l'occasion de savoir ce que l'enseignante qui propose ce Mooc a "dans le ventre" ! Et de comparer avec mes propres références, contenus ...

Parce qu'ils "industrialisent" et massifient  au delà de ce que je n'ai jamais osé faire ?

Et si c'était la meilleure occasion de remettre l'analyse des besoins de formation au centre de mes pratiques ?

Parce que les TICE et l'internet envahissent mon petit monde, tout comme Amazon vient chambouler l'univers des libraires ?

Et si c'était la bonne occasion pour m’approprier les outils de E-Learning, de community management, de classe virtuelle pour les intégrer dans mes dispositifs de formation ? (en fait, c'est déjà fait ...)

Parce que c'est nouveau ?

Ah ... Le train à vapeur : c'était mieux avant !

Parce que les MOOC's OSENT tenter de favoriser les interactions entre apprenants malgré la distance et le mur des écrans ?

Et si c'était le moment d'imposer des modèles comme la classe inversée ?

Parce que les MOOC's  négligent la dimension sociale dans les apprentissages ?

Et si j'en profitais pour progresser sur d'autres modes d'apprentissages : coaching, groupes d'analyses de pratiques ...

Parce que Internet c'est mal et bourré de conneries pas contrôlées ?

Et si j'en profitais pour apprendre à mes "stagiaires" comment "apprendre à apprendre" avec le net, comment trouver l'information, la valoriser, la compiler, l'analyser, la partager ...

Parce que tout le monde va comprendre que je ne suis pas le seul à "savoir" ?

Et si c'était vrai ? Mince ! Y aurait-il d'autres "experts" ??? Et en plus, ils le font savoir sur internet !

Parce que les Moocs, c'est la fin de l'humain dans la formation ?

Et si c'était l'occasion de démontrer la place des interactions, du contact réel dans l'apprentissage ?

Parce que ça va tuer le business juteux de la formation ?

Et si j'en profitais pour mettre en oeuvre ce que j'ai appris ? Sur l'activité et l'apprentissage , sur l’ingénierie de professionnalisation, sur la didactique professionnelle ? Les sciences de l'éducation se sont tellement enrichies depuis 30 ans : Chiche ! Allons-y ?

Parce que je vais devenir ringard ?

Et si c'était l'occasion de monter que je suis bien plus qu'un présentateur de powerpoint. Et si j'étais capable de décliner la (trop) fameuse "méthode participative" sous toutes ses nuances, et bien au delà des lieux communs et des approximations ...
Et si c'était enfin l'occasion, comme tant "d'ingénieurs pédagogiques", de mettre à profit ce pour quoi nous avons été formé, tout ce travail passé à étudier, et ce que nous aimons tant ?

Et si finalement, les MOOC's,  je les aimais bien en réalité ?

Et vous : les MOOC's : vous les aimez ????


(1)    Solveig FERNAGU-OUDET , INGÉNIERIE DE PROFESSIONNALISATION ET DIDACTIQUE PROFESSIONNELLE , RECHERCHE et FORMATION • N° 46 - 2004  p132
 ... Cela passe également par les capacités du formateur à accompagner cette mise à distance et à avoir pour cela « une claire représentation des savoirs de référence disciplinaires et professionnels, et des chemins  par  lesquels  l’apprenant  s’approprie  progressivement  une  partie  de  ces savoirs » . Ceci questionne le recrutement des formateurs qui sont souvent choisis selon des critères d’expérience du métier auquel ils vont former. Ce sont souvent des spécialistes d’une technique ou d’un savoir et non des spécialistes de l’apprentissage. Pour accompagner le formé dans l’apprentissage, il faut aujourd’hui bien plus qu’une expertise du sujet, une expertise didactico-pédagogique est nécessaire.Didactique pour organiser l’apprentissage et lui donner du sens ; pédagogique pour outiller le formé, l’aider à apprendre et à transférer ses apprentissages. Il ne s’agit plus seulement d’acquérir du savoir (ou des compétences) mais d’apprendre à les mobiliser, à les utiliser